Livres

Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /Fév /2010 23:46

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Miles From Nowhere est un roman dont la fraicheur du style éblouira d'un sourire de reconnaissance le visage de quiconque aura le privilège de le lire. Son auteur, Nami Mun, américaine d'origine coréenne, lauréate du Whiting Award en 2009, nominée à de nombreux prix littéraires outre-atlantique et, à ce jour, enseignante de Creative Writing à l'Université de Colombia (Chicago), est surement l'une des figures montantes de la nouvelle vague d'écrivains américains issus de l'immigration, à l'instar de Brian Leung, Dinaw Mengestu et James Cañón pour ne citer que ceux dont les traductions en français des romans sont disponibles (à ce propos, à quand une traduction du The End de Salvatore Scibona ? On peut toujours rêver...).

 

Nami Mun, s'est mise dans la peau de Joon, l'héroine de son roman, pour nous raconter un pan de sa propre histoire. On dit souvent que les chemins qui mènent à la gloire sont parsemés d'embuches, ceux de Nami Mun en étaient constellés ! Cette femme est une battante, une guerrière qui doit sa réussite à la seule force du sang des efforts versés sur le champs de bataille de la vie. Tout comme Joon, les parents de Nami ont immigré aux USA en espérant y trouver un avenir meilleur. Tout comme Joon, elle a connu la peine horrifique qui habite les cœurs des habitants des rues de New-york. C'est cette peine, cette souffrance des vies et des âmes qu'elle tient à partager avec nous ; ce, sans jamais tomber dans une vision fataliste des choses. Car, avec Nami Mun, toutes les portes de l'existence, aussi gigantesques et infranchissables soient elles, peuvent être ouvertes à la seule condition d'en détenir la clé. Cette clé, chacun d'entre nous en possède un exemplaire, cela à des degrés divers. Son nom : Courage, Persévérance, Force dans l'épreuve, Confiance en soi, même en situation d'échec. Bien sur, il y a les jours sombres, ceux qui nous voilent la lumière de l'espoir et qui nous font penser qu'il serait peut-être mieux de mettre fin à tout ça. Oui, Joon aussi à ses heures de blues, au cours desquelles la seringue lui fait de l'œil - Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre – oui, elle est amoureuse d'un pauvre type aussi ivrogne et drogué qu'elle. Et alors ? Elle n'a pas eu une enfance facile ; c'est dure la vie, non d'un chien ! Heureusement, elle a sa colère, c'est son souffle, c'est elle qui la maintient en vie et lui donne la force d'avancer. Colère envers sa mère, son père, ses amis, le monde cruel qui l'entoure. Elle en a fait une énergie, carburant de son existence. Et lorsqu'il arrive qu'un jour elle vient à manquer de ce précieux liquide, quand il ne coule plus dans ses veines la moindre petite goutte de haine, quand elle pense que pour cela, elle va s'effondrer et s'écrouler comme un château de cartes. Elle découvre qu'en fait elle n'en pas vraiment besoin, qu'au fond de son cœur se cache une minuscule cellule photovoltaïque qui attend juste que viennent briller sur elle les rayons chaleureux de l'amour...


Oui, je vous l'assure, la lecture de ce livre dessinera sur vos lèvres un sourire de reconnaissance.


Nami Mun, Miles From Nowhere, Editions Stock pour la traduction française, 2008


Publication de la couverture avec autorisation des éditions Stock.

 

 

 

Par Retsig - Publié dans : Livres
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Samedi 30 mai 2009 6 30 /05 /Mai /2009 11:58
 

 

 

Jean-Baptiste Del Amo a le sens de la précision. Il décompose à l'extrême. A la manière d'un chirurgien des sens, il dissèque en parties toujours plus infinitésimales chacune de ses descriptions, nous en dévoilant les viscères. Cela pour notre plus grand plaisir et pour notre plus grand dégoût ; car, le patient qui fait l'objet d'une telle intervention chirurgicale est le Paris du XVIIIeme siècle dont les maux ne se comptent plus : la puanteur y est exécrable, l'insalubrité criarde et la misère si palpable qu'on pourrait la toucher du doigt. En dépeçant, à l'aide du bistouri de son talent, le ventre de ce-dernier, pour nous en dévoiler l'intérieur, l'auteur met nos sens (et notre sensibilité) à rude épreuve. C'est en nous bouchant le nez, par peur de sentir, et en fermant les yeux, par peur de voir, que nous traversons les ruelles des pages de ce livre.

 

On a souvent crainte qu'un roman qui privilégie la description des cadres spatio-temporels, des situations et des personnages, ne perde de son intérêt en ce qui concerne la trame. Mais l'auteur esquive, avec tact, cette insidieuse impasse, nous livrant un savant dosage de littérature et d'intrigue à rebondissements. Le roman relate le parcours, dans la capital parisienne de l'époque, d'un jeune homme au nom de Gaspard, tout fraîchement débarqué de son Quimper natal. Nous le suivons, tout au long de celui-ci, dans ses réussites et ses échecs, ses amours et ses séparations, ses hauts et ses bas, ses gloires et ses humiliations, son humanité et sa bestialité...


Il est difficile de croire, devant un tel talent d'écriture, que ce roman soit le premier qu'ait écrit l'auteur. On est époustouflé dès les premières pages par la douce rigueur et l'exquise discipline du style : tout est ajusté, calibré au milli-lettre près, rien ne dépasse, et cela, sans que nous ayons, en lisant, le moindre sentiment d'une quelconque rigidité. En somme, du véritable travail de pro !


Avec ce coup d'essai, à valeur de coup de maître, Jean Baptiste Del Amo fait, peut-être là, son entrée dans le cercle très fermé des écrivains renommés de langue française.


Jean-Baptiste Del Amo, Une éducation libertine, Éditions Gallimard, 2008.

 

Publication de la couverture avec autorisation des Éditions Gallimard.


Ps : Le titre Phonagraph Blues de Robert Johnson épanche son parfum suave dans la pièce alors que j'écris ces lignes. Voici un musicien de grand talent qui nous a quitté beaucoup trop tôt. « I have never found anything more deeply soulful than Robert Johnson. His music remains the most powerful cry that I think you can find in the human voice, really. » Paroles d'Eric Clapton extraites de l'album The Complete Recordings, Sony Music Studios, Los Angeles, CA (1996).

Par Retsig - Publié dans : Livres
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 13:59

Rawi Hage est un poète. Un poète qui tisse la toile de ses métaphores à travers les planètes du système littéraire. Son écriture fait fi de l'espace et du temps. Elle ignore les distances et l'écoulement du sablier. Elle n'est donc pas condamnée à la triste fatalité de l'évanescence.

Rawi Hage réalise, avec son style unique, le rêve que nourrissent en secret tous les hommes : vivre éternellement. En dépassant les limites de l'entendement, du compréhensible, de l'imaginable et de l'analysable, l'auteur nous force à l'expérience mystique de la lecture subliminale. On pourrait le comparer à un yogi qui réserve toute la force de son savoir à ses seuls initiés, ne laissant aux profanes, qu'un amas de phrases indéchiffrables. Nous lisons, mais nous ne comprenons pas. Et même, lorsque nous pensons avoir atteint la substantifique moelle de cet ouvrage, nous réalisons à quel point, nous sommes complètement à côté de la plaque. 

L'intrigue, en elle même, n'est pas fameuse. Mais comme tous les livres qui se veulent receler en leur sein des mystères, celle-ci n'est qu'un vulgaire prétexte. L'objectif n'est pas de raconter une histoire mais de délivrer un enseignement : comment faire, d'un roman, une poésie ? Telle en est la teneur.

J'ai fini la lecture de ce livre samedi dernier. Je l'ai toujours en bouche : une saveur indéfinissable, inconnue, étrange, troublante..., à découvrir.

Rawi Hage, De Niro's Game, Éditions Denoël, 2008 pour la traduction française.

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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 21:54
J'ai décidé de commencer la lecture d'un nouveau roman : De Niro's Game de Rawi Hage, aux éditions Denoël.

 Pour l'instant, je ne suis qu'à la deuxième page du premier chapitre. Le livre semble écrit à la première personne. Je dis, « semble », parce que, depuis quelques années, nous, pauvres lecteurs, ne savons plus à quoi nous attendre, avec ces auteurs qui s'amusent à nous trimballer d'une personne à l'autre, sans se préoccuper des haut-le-cœur que cela pourrait causer à nos organismes sensibles. Donc, comme je ne suis qu'à la deuxième page du roman, je préfère me munir d'un parachute, dans le cas où je devrais sauter d'une focalisation à l'autre au cours du récit. C'est pas que je suis contre les sensations fortes, j'ai bien survécu à l'expérience décoiffante du roman Flight, seulement j'aime bien que l'on me prévienne avant de me jeter dans le vide.

La première page situe le personnage principal dans son univers : une ville de  Beyrouth qui baigne dans la fournaise d'une chaleur estivale écrasante. On le surprend au réveil, au moment où, il s'apprête à quitter le domicile familial en compagnie d'un certain Georges. J'espère que ce départ ne sera pas sans conséquences. Même s'il est encore trop tôt pour s'attendre à de l'action...

Ps : La guitare de John Lee Hooker siffle ses riffs stridents dans mes oreilles. Je sais, plus personne n'écoute plus John Lee Hooker, aujourd'hui. Mais quand on aime le Blues, il y a des artistes qui resteront pour toujours tendance. « When you hear my father sing you hear joy, sorrow, laughter, tears, love and bunch of emotions that we can't ever name. » Disait Zakiya hooker, sa fille. And, it's true !


Par Retsig - Publié dans : Livres
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 11:31





Tel un ovni qui traverse le ciel texan, le roman de Sherman Alexie, Flight (qui d'ailleurs porte bien son nom) transperce à vive allure et cela, sans qu'il ne nous soit possible de le classer, le ciel littéraire américain.


Sherman Alexie, écrivain américain d'origine amérindienne, lauréat de nombreux prix littéraire dont le Bernar Malamud Aware for Excellence in Short Fiction, nous offre la coupe d'un roman à nous lecteurs francophones, habitués à lire des livres cousus sur mesure — qui nous est difficile de revêtir sans nous y sentir à l'étroit, ou pire, sans que nous ayons cette sensation désagréable de flottement, propre au fait de porter, un vêtement d'une taille plus grande que la notre. C'est donc à la pratique d'un régime que nous appelle l'auteur : il faudra, pour les uns, accepter de prendre un peu d'embonpoint, et pour les autres, de maigrir, s'ils souhaitent faire de ce livre, l'une des tenues qui ornera la garde-robe de leur bibliothèque.


Le roman de Sherman Alexie tire son originalité du fait qu'il échappe, de par sa construction, aux exigences impératives de la chronologie narrative : on pourrait commencer la lecture de ce roman à n'importe  quel endroit du livre, sans pour autant perdre le fil puisqu'il n'y a pas qu'une seule histoire mais un ensemble d'histoires qui n'en font qu'une : principe de base du Gestaltisme qui veut que le tout soit prépondérant sur l'ensemble des parties qui le compose. Aussi, le lecteur se laisse avoir par l'illusion d'ensemble mis en place par l'artiste (ici l'auteur) qui, en réalité, ne fait qu'agencer dans une certaine forme des blocs disparates. En effet, on pourrait considérer Flight comme un recueil de nouvelles plus que comme un véritable roman. Tout le génie de l'auteur tient justement dans son talent à faire tenir l'illusion jusqu'au bout : nous restons convaincus de tenir entre nos mains un roman et cela, parce que nous avons besoin de le croire, au risque de faire voler en éclat nos croyances littéraires, qui nous forcent à concevoir, qu'il y aurait d'un côté, les écrivains de nouvelles et de l'autre les écrivains de romans. Sherman Alexie nous prouve, avec cette oeuvre que, ce n'est là, qu'une illusion : les frontières, entre les deux genres littéraires, deviennent très vite confuses sous la plume d'un habile écrivain.


J'ai fini la lecture de Flight, il y a de cela quinze jours et j'espère que le contenu de cet article (rédigé un peu à la hâte, je l'avoue) vous donnera envie de vous faire votre propre avis et de découvrir cet auteur. En espérant toujours vous compter parmi les lecteurs de ce blog, je vous dis à très bientôt.


Votre humble serviteur, Retsig

 

Publication de la couverture avec autorisation du service de presse des éditions Albin-Michel.


 

Par Retsig - Publié dans : Livres
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